2016/09 : Le permis et le défendu

Certains disent que la violence est l’état naturel des sociétés. Un état naturel qu’il s’agit justement de refuser, de canaliser, de contenir, de maîtriser.

Nous savons aussi que la paix entre les hommes n’est jamais acquise. Elle demeure toujours un « projet », projet pédagogique, projet de société. Projet qui a été porté par l’école, les associations, les mouvements de jeunes, les parents, les grands parents. Transmettre les règles pour vivre en paix. Et nous savons qu’il faut bien toute une vie pour y arriver.

Transmettre cette culture de paix semble être devenu plus difficile. La famille a changé, l’école est critiquée, les grandes cultures intégratrices sont relativisées… Il y a eu des années où on préconisait le refus des règles et des contraintes, où les vertus civiques étaient considérées comme ringardes. Le résultat est qu’on a dissipé un capital éducatif accumulé au cours de décennies, voire de siècles. Comment le reconstituer.

JC Guillebaud dans l’hebdomadaire « La Vie » disait que ce qui stupéfie les magistrats, les enseignants ou les travailleurs sociaux lorsqu’ils sont confrontés aux délinquants en culotte courte, c’est de rencontrer des enfants qui ne savent plus opérer de distinction entre le permis et l’interdit, le bien et le mal. C’est comme s’ils n’avaient pas reçu en héritage les repères minimaux qui font que vivre ensemble est possible.

Combattre le terrorisme, oui bien sûr, bien évidemment. Mais la violence n’est pas seulement le fait de quelques tueurs. Elle habite aussi chacun de nous. C’est l’honneur des humains de la canaliser. Ne serait-ce pas un enjeu pour tous ceux qui côtoient des plus jeunes de redire ces repères en mettant en œuvre, en les vivant ?

Jean-Michel STRUB

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