2016/12 : Savoir freiner

L’accélération du temps, nous pouvons tous en faire le constat, même si les journées font encore 24 heures. Dans beaucoup de sports, c’est le prix à payer pour être vainqueur. En économie ou en production, accélérer signifie gagner plus. Mais en physique, on apprend aussi que pour pouvoir accélérer, on consomme davantage d’énergie. Gagner d’un côté pour perdre de l’autre, c’est le lot de tous ceux qui en font l’expérience.

Quelle peut alors être notre marge de manœuvre à une époque où tout va si vite qu’on a quelquefois envie de dire : pouce ? A y regarder de plus près, on s’aperçoit que dans bien de domaines, il est possible de freiner. Lever le pied au volant, cela nous fera peut être arriver un peu plus tard mais cela réduira d’autant la facture à la pompe et nous permettra d’être plus attentifs aux autres sur la route. Ralentir notre soif de consommation, c’est aussi choisir de conserver notre téléphone au-delà d’un an histoire de ne pas gaspiller les ressources nécessaires à leur fabrication et de prendre en défaut les slogans publicitaires.

Les tourbillons donnent le vertige et l’illusion d’un mouvement sans fin mais au final, c’est l’étourdissement et l’ivresse du changement qui nous guettent. La perte de toute lucidité en est la conséquence. Faire la part des choses, garder un esprit critique, résister aux modes dominantes en sont les antidotes. Que d’erreurs n’ont-elles pas été commises parce que le temps de la réflexion n’a pas été pris.

Prendre son temps permet d’ouvrir les yeux sur les réalités du moment et de les figer dans notre conscience. A l’inverse, foncer tête baissée, c’est ignorer les besoins de ceux qui souffrent ou qui ne vont pas assez vite. Il est primordial de savoir se poser, gouter simplement la joie du moment, celle de retrouvailles ou à l’occasion d’un repas en famille. Les jeunes confirmants nous disent souvent que leur messe de confirmation s’est passée trop vite et qu’ils auraient aimé en profiter davantage.

Même pendant le temps de Noël, tout est fugitif et en accéléré. St Luc dans son évangile précise que Marie s’en alla en hâte annoncer à sa cousine qu’elle enfantera un fils. Et l’évangile des jours suivant Noël nous raconte des faits d’un Jésus déjà enfant. Sur une toute autre échelle, le sens de Noël s’est dilué au fil des ans dans la frénésie ambiante. Pour nous chrétiens, il importe alors de ne pas laisser le temps effacer la mémoire de ce qui fonde notre foi : c’est à Noël que tout a commencé lorsque Dieu a voulu partager notre humanité.

Bernard Sipp

Les commentaires sont fermés.